30 novembre 2011

Butor, Assouline, Méla: un banquet gargantuesque

Faut-il brûler les livres ?

Le "banquet républicain" qui se déroulait à la Bibliothèque de Genève convoquait un certain nombre de sages et masculins esprits pour réfléchir sur le sujet. Evidemment, la question vaut surtout par son côté provocateur. Nul n'oserait appeler à un grand autodafé auquel toutes les bibliothèques fourniraient le combustible. Mais la question de l'avenir du livre, avec l'irruption du numérique, est un enjeu bien réel.

Malheureusement la profusion des invités a empêché un véritable débat. Pourtant la qualité était bien là. Mais nous avons plutôt eu droit à une succession d'interventions - fort intéressantes par ailleurs - empêchant l'apparition de ce délicieux ping-pong propre au débat, qui oblige chaque camp à puiser dans ses ressources argumentaires pour défendre sa position. La gourmandise en temps de parole du médiateur aura fait le reste.

Ce que je retiens, c'est avant tout la position de Pierre Assouline. Pas surprenante mais provocatrice. Selon ce grand blogueur, l'avènement du numérique a contribué à séparer radicalement le contenu du support. Et il s'en félicite. L'objet-livre dématérialisé, c'est un bien. Cela permet un accès largement facilité à la culture. Le contenu, primant sur le support, trouve une visibilité sans commune mesure sur le monde de la Toile. La chaîne traditionnelle du livre souffre ? Elle s'en remettra: l'histoire a montré que l'apparition d'un nouveau média ne condamnait pas les plus anciens aux oubliettes.

De l'autre côté, Jean-Michel Olivier nous a dit la sacralité que revêt pour lui l'objet-livre. Foutaise ! devait penser Assouline. Charles Méla, qu'on écoute toujours avec plaisir, a, lui aussi, défendu la dimension matérielle du livre. Directeur de la fondation Bodmer, il a évoqué l'émotion provoquée par le livre ou le manuscrit. Alors, émotion contre raison ? sentimentaux contre pragmatiques ? La parole étant passée à un autre intervenant, le débat n'a pas pu se développer.

Il faut enfin tirer un coup de chapeau à Michel Butor. La saveur de ses mots se déguste à la petite cuillère. Son verbe s'écoute avec délectation. Tout y est. La passion, l'érudition, les anecdotes et...la modernité! Sachant que l'homme produit actuellement des oeuvres littéraires manuscrites en exemplaires uniques, on s'attendait à découvrir un virulent opposant à la révolution numérique, une sorte de dernier des Mohicans, attaché à l'objet-livre jusqu'à la mort. Rien de tout cela. Il "rentre petit à petit dans le XXIe siècle", nous glisse-t-il malicieusement. Avec quelques débordements sur le temps de parole imparti, il nous explique, plein d'enthousiasme, les pertes et les gains de chaque évolution de support dans l'histoire de l'écriture jusqu'au numérique. Ceux qui ont eu la chance de l'avoir comme professeur peuvent mourir tranquilles.

Ainsi, le thème du débat n'aura pas mis tout le monde d'accord. Mais sans doute que le buffet qui a suivi aura réussi à susciter l'unanimité.

 

Robin Majeur

07:55 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : butor, assouline, méla, banquet, livre | |  Facebook

28 novembre 2011

Pékin Lambda, l'homme qui était devenu journaliste en 20 minutes

Ce n'était qu'un ouï-dire. J'ai été vérifier sur leur site. Le quotidien gratuit qui arrache le tiers d'une heure à ses lecteurs l'a bel et bien fait. Il propose à tout un chacun de devenir "lecteur reporter", activité qui entre dans la pompeuse catégorie du "journalisme citoyen". Il fallait oser !

Ainsi, le quidam Lambda, Pékin de son prénom, individu très quelconque, énergumène fadement ordinaire, se promenant dans la banalité du quotidien, peut devenir journaliste en dégainant son appareil-photo au moment opportun. Le courageux dégaineur verra son acte hautement citoyen récompensé en espèces sonnantes et trébuchantes.

Inutile de s'arrêter sur les effets pervers d'un encouragement à capter l'exceptionnel: le journal semble avoir déjà dû prendre des mesures de prudence. Ce qui m'inquiète, c'est cette tendance à vouloir tout brouiller en faisant croire que tout est facile. Soyez témoins d'une scène originale et vous deviendrez journaliste ! Prenez une truelle en main et vous serez maçon ! Achetez-vous une guitare et vous vous transformerez en Jimmy Hendrix !

C'est si simple ! Mais c'est surtout nier tout savoir-faire. Pour ces métiers, ne faut-il pas des compétences spécifiques ? Ne faut-il pas une solide formation ? Ne faut-il pas une bonne expérience ? Les pré-requis sont sans doute moins techniques pour un journaliste que pour un physicien mais ils n'en existent pas moins. Ne démocratisons pas la bêtise. Arrêtons de croire que tout le monde peut tout faire, à chaque instant. Honorons les métiers par ce qui fait leur beauté: des compétences manuelles ou intellectuelles acquises par la dure volonté de chacun.

 

Robin Majeur

 

07:25 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

26 novembre 2011

Haddock, les noms d'oiseaux et les bijoux du rossignol milanais

Redécouvrir... Tintin et les bijoux de la Castafiore


Que je sache, il n'y a pas encore eu d'étude sur la passion ornithologique d'Hergé. À celui qui voudrait s'y risquer, je recommande l'album Les Bijoux de la Castafiore. Il pourrait se résumer à l'histoire d'un rossignol milanais et d'une pie voleuse. Cela paraît maigre comme scénario. Mais Hergé sait amuser avec bien peu de choses. L'encombrante Castafiore qui débarque à Moulinsart pour le plus grand malheur du capitaine Haddock, les Romanichels qui s'installent dans les jardins du château, la disparition dramatique de précieux bijoux, et voilà les ingrédients réunis pour cet album. Le plaisir d'Hergé est de remettre en cause nos certitudes : les Romanichels, coupables par nature ? Le pianiste Wagner au comportement douteux, pris en flagrant délit ? Le faux journaliste qui détale sans demander son reste, auteur du larcin ? Non, l'ignoble délinquante est à chercher dans un arbre. C'est une pie. Gazza ladra !

Le Théâtre de Carouge nous propose de passer des planches de la bande dessinée à celles de la scène. On retrouve assez bien le trait d'Hergé, les couleurs, la composition de l'image. Parfois, on a l'impression d'être face à une case de l'album, en arrêt sur image. C'est beau. Mais la question est de savoir ce qu'apporte en plus une adaptation. Etre fidèle à l'original ne suffit pas. Même si je me suis surpris à bâiller une ou deux fois, j'y ai largement trouvé mon compte dans la découverte des personnages animés. L'atrabilaire capitaine Médoc - pardon, Haddock: l'influence de la Castafiore sans doute -, impuissant face à la verve vocale du rossignol milanais contraste avec ce Tintin aérien, flottant, irréel. Un héros presque effacé qui laisse de la place à tous les personnages qui font la légende de la BD: le fidèle Nestor, l'inénarrable Tryphon Tournesol, le gonflé Séraphin Lampion, et... les inimitables Dupondt. Quel plaisir de voir ces deux-là en action ! Une synchronie du plus bel effet.  Enfin, c'est aussi l'occasion d'entendre l'air des bijoux. Tout le monde connaît le rire de la Castafiore lorsqu'elle découvre sa beauté dans une glace, mais qui peut se vanter de l'avoir jamais entendu ? Bref, de bien bonnes raisons de se rendre au théâtre.

Quant à l'universitaire qui n'ose se lancer dans la recherche de ses rêves du type Tintin ornithologue. Esquisse d'une théorie générale sur l'économie du volatile dans l'oeuvre d'Hergé, je lui conseille de se rendre à l'Institut et Musée Voltaire pour entendre une conférence sur Tintin et la naissance du paradigme policier. Il découvrira, décomplexé, qu'on peut parler tout à fait sérieusement des aventures du plus populaire des reporters.

 

Robin Majeur

 

-- Les Bijoux de la Castafiore, mise en scène de Dominique Catton et Christiane Suter, Théâtre de Carouge - Atelier de Genève, jusqu'au 18 décembre 2011 --

-- Les Aventures de Tintin reporter sans plume : le paradigme policier, conférence du professeur Michel Porret, Institut et Musée Voltaire, 29 novembre 2011, 19h --

15:17 Publié dans Redécouvrir... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

24 novembre 2011

5 semaines dans la blogosphère : l'ivresse de l'écriture

Ce n'est rien sur une vie, cinq semaines. Rien, non plus, comparé aux blogosaures qui m'entourent. Mais tout de même, c'est le temps de monter haut, très haut pour respirer l'air enivrant de la blogosphère. Cinq semaines en ballon. À observer, contempler, traquer. Cinq semaines pour retrouver, à travers un regard posé sur le bas monde, l'ivresse de l'écriture.

L'ivresse provient du plaisir d'écrire librement. Un billet sur ceci, un billet sur cela. Et puis le style ! Pas de formatage académique, pas de normes imposées. Le plaisir de choisir la place de sa virgule, de substituer un point d'exclamation à un point final. L'homme ivre est égocentrique. Il ne pense qu'à lui, ne fait qu'avec ses intérêts. Il s'amuse à écrire sur ce qui le touche, ce qui l'exaspère, ce qui l'émerveille. Lui, toujours. Terrible délire !

L'homme ivre perd la conscience de ses limites. Du haut de ses misérables 27 années d'expérience, il se croit maître du monde alors qu'il n'est rien. Il doit profiter de ses rares moments de lucidité pour réfléchir à ce qu'il fait. Est-il sensé de dévoiler publiquement tel point de vue ? Cela contribue-t-il au débat ou ne satisfait que son moi personnel ? Peut-il se permettre tel ou tel propos ?

L'espace du blog est complexe. Il est public mais tellement privé. Quand doit-on arrêter sa plume ? Jusqu'où révéler ce que l'on croit, ce que l'on défend, ce que l'on est ? Un billet, c'est livrer une part de son identité. Mais ne doit-on pas veiller à la préserver ? L'ivresse de l'écriture sur la blogosphère oblige à se questionner à chaque instant. Peut-être est-ce cela qui la rend si agréable à vivre.

 

Robin Majeur

 

P.S.: Reconnaissons aussi que l'absence de gueule de bois contribue à son attrait.

 

14:15 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | |  Facebook

21 novembre 2011

Bonne nouvelle: la gauche n'a pas le monopole de la vertu !

Je me suis sans doute trop peu trempé dans les questions qui feront l'objet de la prochaine votation. Mais tout de même, ce slogan "Non au nivellement par le bas", émanant des milieux économiques, je le goûte assez peu.

Qu'on s'oppose au salaire minimum, d'accord! Qu'on y voie des effets pervers, qu'on le juge contreproductif, passe encore! Mais qu'on ne vienne pas se dandiner sous nos yeux en se faisant le parangon de la vertu!

Un petit opuscule m'était une fois tombé dans les mains. Il était signé André Comte-Sponville et expliquait fort bien en quoi le capitalisme et la morale obéissaient à des régimes de fonctionnement différents. Il concluait que le capitalisme n'est ni moral, ni immoral, mais simplement amoral. C'était assez convaincant.

À partir de ce constat, si l'on ne se satisfait pas du système capitaliste, on le combat. Si on l'estime bon, on le défend. À coups d'arguments. Et pas caché sous la trop confortable couverture de la vertu.

 

Robin Majeur

 

08:15 Publié dans Tempo presto | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : salaire minimum, morale, nivellement, comte-sponville | |  Facebook

18 novembre 2011

Les oeufs au plat de Pierre Losio

Chacun y va de son petit mot à propos de Pierre Losio, qui accède actuellement au perchoir du parlement cantonal. Je me permets aussi le mien. Et c'est un scoop que je vais livrer.

Enfant des Pâquis, j'eus l'occasion de connaître personnellement Pierre Losio. Oh rien de bien exceptionnel, je fréquentais une école du quartier dans laquelle il exerçait. Un jour, notre maîtresse dut se faire remplacer. C'est le maître de la classe d'en face qui vint. Découverte de Pierre Losio. Homme imposant, intimidant, d'allure plutôt sévère. Mais la leçon d'allemand se transforma en quelque chose d'inattendu. Nos petites mines de gamins de 10 ans se détendirent très vite grâce aux énigmes que le maître nous soumit. Autant dire qu'aucun de nous ne vit passer la matinée :

Soit un bateau avec une échelle de corde tombant dans l'eau. Lorsque le niveau du lac monte d'un mètre, combien d'échelons sont-ils submergés, sachant qu'ils sont chacun séparés de 10 cm ? Grande réflexion, débats nourris à travers la classe. Puis la réponse tombe : autant qu'avant. Archimède, serait-ce cela ?

Soit un loup, une chèvre et un chou. Un berger veut traverser une rivière mais 1. il ne peut pas en prendre plus d'un à la fois sur sa barque 2. ne peut pas laisser le loup et la chèvre sans surveillance ni la chèvre et le chou. Commence alors les allers et retours pour faire parvenir les trois éléments sur l'autre berge sans dégâts.

Soit un oeuf au plat dans une poële. Combien de temps pour le cuire ? Réponse: trois minutes. Et alors, combien de temps pour en cuire trois ? Nous, en choeur: "neuf minutes!" (nous connaissions bien nos livrets). Raté ! On peut les cuire les trois en même temps. Vous imaginez la découverte, le temps gagné ? Autrement plus utile que "Ich heisse Hans Schaudi".

Merci Pierrot!

 

Robin Majeur

 

12:09 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre losio, pâquis, école | |  Facebook

La poignée de main

Je l'aime ferme et franche. Elle est un geste de reconnaissance de l'existence de l'autre dans sa chair. Elle est concentration de chaleur et de force. Energie vitale, qui circule.

Vous êtes un simple pékin. Vous vous retrouvez face à un magistrat. Hauteur, vertige, déséquilibre. Mais il vous tend la main. Et l'espace d'un instant vous n'êtes plus l'obscur collaborateur face à l'illustre politicien, vous êtes un homme face à un homme.

Puissant ou misérable, il est bon pour chacun de se rappeler son humanité, sa force et sa faiblesse.

 

Robin Majeur

 

08:24 Publié dans Tempo presto | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

17 novembre 2011

Ballons ronds, boulets et Bulat

J'aime le football. Sans trop savoir pourquoi, je me prends à ses émotions simples: espoirs, joies, déceptions. Est-ce ce même goût de l'émotion qui a poussé M. Bulat Chagaev à acquérir le club de Neuchâtel Xamax ? Je me pose sincèrement la question tant il m'est difficile de comprendre ce que cet homme d'affaire tchétchène avait à gagner dans ce rachat.

Depuis des semaines, l'homme fait la une des journaux. Il est critiqué, vilipendé. Tout le monde a son nom à la bouche. Au point que son seul prénom suffise à l'identifier. Sans doute à raison: il semblerait que son porte-monnaie prétendûment généreusement fourni ne s'ouvre pas généreusement à ses employés. Alors que diable est-il allé faire dans cette galère ? s'interrogerait Molière.

On le sait, un club de football - particulièrement en Suisse - ne rapporte aucun ronds, à part des ballons. Pas de profit possible donc, à moins d'être un doux rêveur. Bulat aurait-il voulu blanchir son linge au pressing xamaxien ? Drôle d'idée de se mettre en pleine lumière pour s'adonner à ce genre d'activité. Il y a quelques mois, il passait incognito dans un pays qu'il fréquente pourtant depuis longtemps. Aujourd'hui, il a les justices genevoise et neuchâteloise aux basques, ses activités et ses comptes sont passés au peigne fin. Rien ne lui sera épargné.

Alors, simple passion du foot ? J'ai tendance à croire qu'il y a une histoire de pouvoir cachée derrière tout cela; cette passion tellement humaine, tellement universelle. Une soif inextinguible d'avoir d'autres hommes sous ses ordres, de commander, de se sentir dominer, d'être en pleine lumière. Eclatante lumière, aveuglante aussi.

Mais peut-être que toi, lecteur, tu as une autre hypothèse sur le boulet de ballon de Bulat...

 

Robin Majeur

 

08:44 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : football, xamax | |  Facebook

15 novembre 2011

Le triomphe de Rossi

7h46. Feu rouge.

Les véhicules s'entassent. Devant, les deux-roues s'alignent. La tension est palpable. Visages fermés, regards concentrés. L'un baisse la visière de son casque, l'autre fait monter les gaz. Silence.

3,2,1, c'est parti! La meute rugit! En pôle-position, Valentino Rossi se laisse déposer comme un débutant par Casey Stoner. Les moteurs tournent déjà à plein régime. Dans le virage, Rossi plonge à l'intérieur. Quel risque! Est-ce que cela va passer ? Ouuuuui! Superbe manoeuvre de Il Dottore qui triomphe sur le circuit genevois. Trophée symbolique mais récompense bien concrète: il gagne le droit d'arriver le premier au boulot! Bravo!

 

Robin Majeur

 

08:05 Publié dans Scènes de ville | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook

14 novembre 2011

Beethoven et le plaisir de chercher

 

Redécouvrir... la 2ème symphonie de Beethoven


ta-ta-ta-taaaaaa. Le malheureux destin de Beethoven est d'être parfois réduit à ces quatre notes qui formeraient, précisément, le motif musical du destin. Evidemment que la 5ème symphonie de Beethoven est un chef d'oeuvre. Pas seulement le premier mouvement, d'ailleurs. Au rayon des chefs d'oeuvre, on cite généralement les numéros symphoniques impairs: 3,5,7,9. À quoi on ajoute la 6ème, parce qu'elle a un surnom ("Pastorale"). Le reste sombre un peu dans l'oubli. Pourtant, chacune des neuf symphonies de Beethoven a sa personnalité et sa valeur. Il n'y en a pas une que je n'apprécie pas. Cette semaine l'OSR joue la 2ème. Regardons-là de plus près.

Symphonie de jeunesse, immature, inaboutie ? De jeunesse, oui, mais pas de n'importe qui: de Beethoven ! Déjà, on devine le génie, on sent la maîtrise de l'orchestration, on entend sa fabuleuse capacité à travailler son matériau musical. Ce que j'aime chez lui, c'est l'économie des moyens. Avec peu, il fait tant. Dans le premier mouvement, le développement - cette partie centrale où il exploite les thèmes qu'il a présentés précédemment - est déjà le signe d'une imagination débridée. Il utilise ses thèmes, les transforme, déplace les accents, change de tonalité; son matériau est trituré jusqu'à en créer une folle intensité dramatique. Il n'existe pas meilleur dramaturge que Beethoven.

Le deuxième mouvement, lui aussi, est magnifique. Il se déploie tranquillement, partant d'un thème simple, pour creuser dans les profondeurs abyssales de nos sensibilités. Beethoven nous raconte une histoire, peut-être celle de notre existence même. Coup de coeur, enfin, pour un passage du dernier mouvement. Après quelques mesures, la machine se met en place. C'est très simple : les temps aux basses, les contre-temps aux violons, la mélodie aux vents. On se croit à dos de cheval; on cavale, à l'aise. En mode majeur puis en mineur. Mais cela ne dure pas : très vite on va voir vers d'autres cieux. Car Beethoven cherche toujours et donne toujours à chercher.

 

Robin Majeur

 

-- Ludwig van Beethoven, 2ème symphonie en ré majeur, 1801-1802 --


09:45 Publié dans Redécouvrir... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beethoven, symphonie, musique, osr | |  Facebook

Toutes les notes