21 décembre 2011

Une musique si française, si exotique

Redécouvrir... Fauré, Debussy, Ravel

 

Les Français ont mangé leur pain noir. Quand l'Autriche donnait naissance à un Haydn ou à un Mozart, l'Allemagne à un Glück ou à un Beethoven, la France vivait dans le souvenir du grand Rameau ou trouvait son identité musicale dans le très lointain et très italien Lully. Il a fallu attendre Berlioz et Chopin (dont chacun sait les profondes racines françaises...), au XIXe siècle, pour retrouver une identité musicale propre à l'Hexagone. Mais c'est surtout à la fin du siècle avec les Fauré, Debussy et Ravel que la France musicale a repris de l'éclat. Aujourd'hui encore, nul ne conteste l'importance de ces compositeurs.

Ils sont caractéristiques de la musique française. Pourtant on sent chez eux tant d'inspirations lointaines. La texture de leur musique, souple et légère, est teintée d'harmonies orientales, de gammes pentatoniques, de rythmes slaves. Chef d'oeuvre de l'impressionisme musical, le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy joue avec les couleurs, avec les sonorités. Il plonge par petites touches l'auditeur, non dans une mélasse émotionnelle romantique, mais dans des états délicats de torpeur, de bien-être, d'inquiétude. Des états qui se chassent, qui s'entremêlent, qui se contredisent parfois.

Moins subtil est le Tzigane de Ravel. Mais tout aussi exotique et tout aussi français. Dans la cadence initiale, le violon solo a la suavité et la verve tzigane. Il démontre une virtuosité sans faille. Ravel s'est approprié cette musique. Il s'amuse à l'orchestrer comme on peint des tableaux. Au lieu de mélanger des couleurs, il mélange des timbres d'instruments. La musique ralentit et accélère, elle ne laisse pas l'auditeur s'installer dans le confort. Le compositeur joue avec nous, et ce jusqu'au sprint final, d'un rythme endiablé.

L'occasion de redécouvrir cette musique est donnée avec le concert de l'Orchestre et du Choeur de l'Université de Genève. Certes, l'ensemble n'a pas le talent individuel ou collectif du Philarmonique de Berlin. Mais il a la fraîcheur et l'enthousiasme de tous les plus grands orchestres du monde réunis. Et ces qualités sont le moteur de la musique. Elles suffisent à lui donner son émotivité et sa beauté.

 

Robin Majeur

 

-- Concert de l'Orchestre et du Choeur de l'Université, direction: Sébastien Brugière, aula du Collège de Saussure, jeudi 22 décembre 2011, 20h. Programme: Pavane et Cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré, Prélude à l'après-midi d'un faune et Petite suite de Claude Debussy, Tzigane et Ma Mère l'Oye de Maurice Ravel --


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