10 janvier 2012

Mummenschanz, la poésie plastique

Ils tournent depuis 40 ans; je les découvre maintenant. Mieux vaut tard que jamais, dit-on.

Le théâtre des Mummenschanz met en scène des formes et des couleurs, qui se meuvent dans l'espace et dans le silence. Les formes évoluent, se métamorphosent. Tout à coup, de caissons jaunes naît un oiseau. Tout à coup, de baguettes de bois surgissent des serpents. Le spectateur se surprend à éprouver des sentiments pour des formes subitement très vivantes. Il s'émeut des aventures d'un cylindre. Il sourit à la vue d'un cercle essayant d'escalader tant bien que mal un triangle. Petit ou grand, le spectateur est pris au jeu. Et tout se fait dans la silence. Pas d'artifice musical. Juste le frottement des pas sur les planches, le souffle d'un comédien, le bruissement d'un matériau qui se frippe.

Certes, c'est un spectacle à numéros, sans trame, sans déroulement logique. Certes, les numéros sont d'inégales valeurs. Mais les trouvailles sont nombreuses, l'inventivité débordante. Et puis les Mummenschanz sont des poètes de la matière. Ils la réhabilitent comme source noble d'art de scène. L'intellect, l'esprit sont évacués. Au profit de la volupté de la chair, de l'inavouable désir du toucher, de la basse attirance pour la matière. Mais la mobilisation de l'ordre des sensations se fait aussi pour mieux stimuler l'imaginaire. Un imaginaire qui suscite à son tour le travail de l'esprit. Allers-retours entre matière et esprit, entre immédiat et médiat, entre sensation et raison. Circularité de l'art. Universalité.

 

Robin Majeur

 

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