13 janvier 2012
Luna Park, la vie, la mort
Elle promet des frissons inoubliables, elle garantit la traversée de l'enfer, elle permet la violence de tamponnements avec ses semblables. Vive la fête foraine!
C'en est, semble-t-il, fini pour cette année avec le Luna Park. Etrangement, passer là-devant, à Plainpalais, m'a toujours foutu le cafard. Quand ce ne devrait être que joie et allégresse, je ressens spleen et morosité. Peut-être est-ce d'imaginer la difficile vie que doivent mener les forains. Peut-être est-ce cette impression de plaisir artificiellement bâti. Peut-être y perçois-je un côté malsain.
Mais la fête foraine est fascinante. La vie doit y côtoyer la mort pour mieux s'affirmer: se sentir vivre en se sentant mourir. Pour de semblant, évidemment. Ah l'exquise frayeur d'approcher la mort! Un petit voyage, en attendant le grand! Etrange phénomène à l'époque de la "mort interdite" (Philippe Ariès), reléguée aux marges, ignorée, tabouisée. Ou peut-être, paradoxalement, très naturel. Il répondrait à une nécessité de compenser cette absence. Sachant l'inéluctabilité de la mort, nous ne pourrions, malgré tous nos efforts, nous empêcher d'entretenir un lien avec elle. Il faudrait la palper, juste un peu, pour la moins redouter. Parce que sans la mort, la vie ne vaudrait tout simplement pas la peine d'être vécue.
Bon... l'anthropologue de boulevard s'arrêtera là dans son analyse. Il faudrait des gens plus sérieux pour en parler. Mais tout de même, cette idée: la vie qui n'est que par la mort, qui est elle-même la vie qui n'est pas, qui...enfin bref... Evident, non?
Robin Majeur
00:39 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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