30 janvier 2012
GHI et l'obsession du porte-monnaie
En bon genevois, je lis le GHI. Enfin les quelques articles rédigés qui y sont contenus. J'apprécie particulièrement la première page du deuxième cahier, sans aucun doute la meilleure. Tout cela offre un bon condensé de la vie politique genevoise, à lire en vitesse à la table de la cuisine ou ailleurs (je ne préciserai pas).
Mais quelle mouche a donc piqué le GHI pour vouloir partir de la sorte à la traque du moindre centime dépensé? Car, depuis quelques temps, la ligne éditoriale ne cesse d'insister sur les chiffres, encore et encore. On savait le journal prompt à sauter sur le scoop, à dénoncer le scandale. Fort bien, c'est cela aussi, le journalisme. La gestion des deniers publics nécessite un oeil attentif et sourcilleux. De là à partir en croisade contre le sou de trop, armé de chiffres à déverser à la pelle...
Ou alors, si on décide de le faire, il faut aller plus loin. Jetés brutalement sur le papier, les chiffres sont donnés à être interprétés en termes absolus. Là, pas de doute que le citoyen s'offusquera. 10'000.-, 50'000.-, 100'000 francs sont des montants énormes. Montrez qu'une telle somme est allouée à tel événement culturel (ou toute autre "futilité") et le tintamarre d'indignation pourra démarrer: n'est-on pas en période de crise? Ne doit-on pas se concentrer sur les tâches essentielles de l'Etat?
Qu'on le veuille ou non, les chiffres doivent aussi être interprétés en termes relatifs. Ils prennent sens à côté de leurs semblables, ils s'insèrent dans des catégories plus larges, qui elles-mêmes dépendent d'entités englobantes supérieures. Et tout en haut, le Grand Conseil, qui décide du budget de l'Etat. Alors certes, une piqûre de rappel de temps en temps, bien placée, afin de signifier ce que représentent ces chiffres dans ce bas monde, n'est pas de trop. Mais, pour exercer son jugement, il faut aussi garder à l'esprit l'architecture globale.
À ce niveau seulement se situe le politique. À ce niveau peuvent s'évaluer de façon critique les orientations budgétaires de l'Etat. À ce niveau le journaliste dénoncera avec le plus de force les déséquilibres, incohérences, incongruités.
Robin Majeur
11:11 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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