09 février 2012

Concert de Vincent Ségal et Ballaké Sissoko: précipitez-vous!

Pour tenter de convaincre ceux qui hésitent encore à se rendre ce soir à 20h30 à la salle communale d'Onex pour le concert de Vincent Ségal et Ballaké Sissoko, je reproduis ici un billet que m'a inspiré un de leurs récents concerts.


C'était samedi dernier, dans un lieu que je ne connaissais pas: le Théâtre de l'Octogone à Pully. Une ambiance feutrée, intimiste. À la kora, Ballake Sissoko. Au violoncelle, Vincent Segal. Un concert magique. Tout respirait la simplicité. Pas de décor, pas de mise en scène, pas de show. Juste une lumière, faible et chaude, deux chaises et deux musiciens.

Mais les principaux protagonistes sont les instruments. La kora, sorte de harpe avec une grande caisse de résonnance ronde, est finement ornée. À côté, le violoncelle, de taille similaire, les formes pareillement arrondies, est d'un brun pénétrant.

Le temps d'accorder ces innombrables cordes et la musique commence. On découvre le son de la kora. C'est doux et cristallin. On est transporté en Afrique de l'ouest. Discrètement, le violoncelle entre. Les pizzicati graves, ces pincements de cordes, donnent une assise profonde aux mélodies déjà virtuoses de la kora. Puis, le violoncelle prend la parole. Avec son archet, Segal s'envole. Le son flotte, devient nasillard, retrouve du grain : toutes les ressources de l'instrument sont utilisées. Tout à coup des harmoniques, des folles cavalcades de notes, des rythmes secs. Et toujours cette recherche d'un doux mariage avec la kora. Ce n'est pas une musique d'effet, qui jouerait seulement sur des techniques d'instrument faciles pour émouvoir l'auditeur. C'est le contraire d'une entreprise de séduction. Qu'ils jouent pour mille, pour cent personnes, qu'ils jouent pour eux seuls, le simple plaisir de partager leur souffle de vie à travers la musique semble les guider.

Entre les morceaux, Segal dit quelques mots. La première pièce utilise une mélodie ouest-africaine du XIIIe siècle. Qui a dit que l'Afrique n'avait pas d'histoire? Ensuite, l'inspiration remonte vers le Sahara, vole vers la Turquie, vers la Bretagne, pour finir au Brésil. Segal nous livre en trois mots sa théorie sur l'origine des instruments à cordes. Contrairement à ce que prétendent certains de ses amis chercheurs au CNRS, ils sont la découverte de chasseurs pacifistes. Ne voulant pas courir après le gibier, certains individus auraient remarqué que l'effleurement de la corde de leur arc provoquait un son. Et qu'en y ajoutant un peu de tension, deux notes distinctes en sortaient. Le début d'une grande histoire. Il est comme ça, Vincent Segal. Pas spécialement bon orateur, cherchant parfois ses mots, sautant d'une idée à une autre, il aime rire avec le public, simplement.

Sissoko ne parle pas: il s'exprime par la musique. Parfois l'auditeur perçoit un gromellement ou une mélodie chantée dans le fond de la gorge. Comme Keith Jarrett en jazz, comme Pablo Casals en classique, son corps forme un tout avec sa musique. En fait de grognement, on croit sentir en réalité une manifestation de plaisir : la jouissance de se sentir vivre en jouant.

L'aventure d'un métissage musical est risquée. Souvent la greffe ne prend pas, le mélange de différentes cultures musicales produit un patchwork désarticulé, une superposition d'informations interférentes. Trop de monde cède à la mode du métissage, au mélanger pour mélanger. Ici, les deux musiciens s'inspirent et s'imprègnent de différentes traditions pour mieux s'exprimer. Leur intelligence et leur virtuosité leur permet de s'essayer à tout. Ils "désaccordent" même leur instrument pour retrouver les sonorités naturelles des modes non tempérés que nos oreilles d'Occidentaux, depuis J.S. Bach, identifient à des erreurs d'intonation. Toutes ces influences, ils les font leur: ce que ces deux musiciens nous offrent, ce n'est ni de la musique africaine, ni de la musique brésilienne, c'est leur musique. Et c'est ça qu'on aime.

 

Robin Majeur

 

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08 février 2012

Affaire Contador: la fin de la présomption d'innocence

Singulière décision du Tribunal arbitral du sport! Reconnaissant la plausibilité de la défense du coureur cycliste espagnol accusé de dopage, reconnaissant l'incapacité des plaignants à prouver la culpabilité de ce même cycliste, le TAS condamne Contador à la peine maximale.

Un parent bien informé me rappelait l'autre jour à quel point la présomption d'innocence était un concept galvaudé à l'heure actuelle. Il me disait qu'il ne correspondait en rien à l'idée générale selon laquelle un individu est présumé innocent jusqu'à la prononciation d'un verdict accablant par une cour de justice. En effet, si tel était le cas, personne ne serait jamais poursuivi. Il ne pourrait y avoir ni soupçon, ni instruction, ni procès puisque tout le monde serait présumé innocent.

Non, selon ce parent bien informé, la présomption d'innocence est un principe juridique très spécifique qui intervient à un moment précis d'une procédure judiciaire. Par exemple quand la cour de justice se révèle incapable de se déterminer sur la culpabilité d'un individu. Là jouerait le principe de la présomption d'innocence: faute de preuve, on ne condamnerait pas le prévenu. Une autre façon de formuler l'adage "le doute profite à l'accusé".

En l'occurrence, alors même que le TAS pouvait faire valoir le principe de la présomption d'innocence, il a choisi la voie contraire: la présomption de culpabilité.

 

Robin Majeur

 

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07 février 2012

Le marketing de la bonne conscience

Il y a des moments dans la vie où l'on n'a pas le choix. Par exemple, lorsqu'une canalisation saute à Genève, que le tram arrive avec vingt minutes de retard, qu'il est bondé et que l'on se retrouve coincé entre trois volumineux individus, face à l'écran publicitaire.

Cela a du bon. On peut apprendre des choses qu'on ignorait. Notamment qu'un garage propose de planter un arbre pour chaque voiture achetée. Le genre d'info qui donne envie de s'offrir un véhicule par conviction écologique. J'attends encore qu'on plante un arbre pour chaque litre d'essence consommé. Là, enfin, je pourrai assouvir mon fantasme de rouler en 4x4 à travers le monde pour sauver la planète.

L'argument écologique est devenu, on le sait, une stratégie marketing. On aime acheter bio: normal, c'est plus sain. On aime acheter écolo: logique, c'est une façon de réduire son impact sur l'environnement. Mais compenser un achat notoirement mauvais pour l'environnement par un acte qui lui serait favorable, c'est revenir au début du XVIe siècle, c'est le grand retour des Indulgences. Acheter son salut, comme on s'achète une bonne conscience. S'assurer que, peu importe ses actes, les portes de l'éternité céleste ne se refermeront pas sous son nez. Un comble, dans une ville réformée.

 

Robin Majeur

 

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02 février 2012

L'histoire de Carl Lutz. Où l'action dérisoire devient essentielle

Redécouvrir... Carl Lutz, diplomate suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale

 

Imaginez cela: des bouts de papier distribués aux Juifs pour empêcher les Nazis de les exterminer. Dérisoire, non? Absurde même: on n'arrête pas Hitler dans ses intentions meurtrières avec un morceau de papier. Et pourtant, Carl Lutz y a cru. Il y a tant cru qu'il a sauvé 62'000 vies.

Ce diplomate suisse, en fonction dans le royaume de Hongrie entre 1942 et 1945, a délivré d'innombrables sauf-conduits aux Juifs de Budapest. Habile négociateur, il a su profiter de l'accord antérieur à la guerre qui permettait à 8'000 Juifs de partir pour la Palestine. En le faisant fructifier: selon lui, ce n'était pas 8'000 individus mais 8'000 familles qui étaient concernées. Il défendit son interprétation face à Adolf Eichmann lui-même. Pas la peine de préciser que ses actes excédaient largement son mandat diplomatique. Et que Berne, tout en tolérant son action, n'en éprouvait pas moins une certaine gêne.

Mais les papiers ne suffirent bientôt plus. Eichmann n'allait pas s'arrêter longtemps à ces formalités. Il fallait trouver autre chose. Vint alors l'idée de l'extraterritorialité. Des immeubles, dans Budapest aux mains des Croix fléchées fascistes, deviendraient territoire suisse. Symbole de ces refuges artificiels, la Maison de Verre accueillit 3000 Juifs. Un quartier prit même forme, à deux pas du Danube, là où avaient cours les pires massacres. Plusieurs fois, Carl Lutz se rendit précipitamment sur place pour s'interposer face aux Croix fléchées qui essayaient d'évacuer les lieux.

Carl Lutz n'était pas seul. D'autres, bien sûr, l'ont aidé. D'autres ont pris leurs propres initiatives. Mais le diplomate suisse a cela de particulier qu'il semble avoir été un acharné. Il aurait suivi les "marches de la mort" pour distribuer des sauf-conduits à ceux qui pouvaient encore les attraper. Sauvetages de dernier instant, désespérés. Mais pas sans succès. Un miracle à la puissance 62'000. Qui invite à reconsidérer tout ce qui peut avoir l'apparence du dérisoire.

 

Robin Majeur

 

-- Exposition Carl Lutz et la légendaire Maison de Verre à Budapest, Théâtre de Saint-Gervais, du lundi au samedi 14h-18h, jusqu'au 10 mars 2012 --


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01 février 2012

L'art de chercher le scoop là où il n'est pas

"Exclusif" brandit la Tribune sur son site internet depuis 17 minutes. Quoi donc? M. Jornot, futur procureur général, a été condamné! Pourquoi? Pour une dispute au supermarché! Quand cela? En 2004! Rendez-vous compte, il admet lui-même les faits!

L'heure est grave. On soupçonne qu'il lui serait même arrivé de voler un carambar dans le tabac de son quartier alors qu'il comptait 12 printemps. Bougre de criminel en puissance! Et il l'avait caché! Double faute! Il doit expier son crime.

Démission! Démission! Non, mieux, la roue! L'estrapade! Le bûcher!

 

Robin Majeur

 

18:25 Publié dans Tempo presto | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

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