09 janvier 2012

Un air de rentrée

7h25. Genève est toujours sous l'emprise du monde des ombres. La lune et son teint rondement fier s'accrochent dans le ciel matinal. Mais la résistance est vaine: à mesure que le jour se lève, le halo, encore triomphant voici quelques minutes, pâlit, pour finir par céder complètement. Début d'une journée comme une autre?

Les rues à demi-obscures laissent deviner, à chaque carrefour, de minuscules silhouettes. Elles s'agglutinent en petites grappes. Certaines montrent de l'impatience, de l'excitation. D'autres, voilées de fatigue ou peut-être de mélancolie, avancent de façon mécanique. Toutes ont une même direction.

Le flot s'intensifie, enrichi par les affluents venus des rues adjacentes. L'agitation est désormais bien palpable. Les trotinettes fusent, les cartables bondissent, les éclats de rire brisent la monotonie du ronronnement des moteurs. Des visages ont remplacé les silhouettes. Le monde noir et blanc a laissé sa place au monde des couleurs. La vie a repris ses droits.

Ding-dong! La cloche déclenche un torrent de cris. Pas de doute, c'est la rentrée.

 

Robin Majeur

 

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15 décembre 2011

Vol au-dessus d'un nid d'autos

Acacias, Plainpalais, Coulouvrenière, elles sont partout. Des lignes à perte de vue de phares rouges dans un sens, blancs dans l'autre. C'est un nid, mais un gros. Les autos font "coucou". Ou plutôt "poêt-poêt". Ou plutôt "de dieu de dieu!". Ou plutôt "Va chier, connard!"

Effectivement, il y a de quoi devenir fou. Rien n'avance, tout est bouché. Le premier, si j'étais pris au piège, je m'exercerais au juron, je jouerais du klaxon.

Mais non, je suis sur ma bicyclette. Je pédale et m'envole au-dessus du nid de coucou. En sifflotant sous la pluie. Avec le sourire de Jack Nicholson.

 

Robin Majeur

 

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07 décembre 2011

Comme un jour de novembre

Ciel opaque, lumière sombre, pluie fine et constante. Parapluies ouverts, regards baissés, mines renfrognées. Ce n'est pas brumaire mais sinistrôse que les révolutionnaires aurait dû l'appeler. Je veux parler du mois de novembre. Oh bien sûr nous n'y sommes plus. Mais cette année, on a l'impression d'y arriver seulement maintenant, tant on a été épargné jusque-là.

La journée est rythmée au son des jets d'eau provoqués par le passage des voitures sur la chaussée détrempée. Ceux qui travaillent sous les toits ont droit à la régularité métronomique des gouttes qui viennent se déposer sur leur tête. Ceux qui travaillent près d'un parc entendent en ostinato le bruissement des feuilles torturées par la pluie. C'est une véritable symphonie. Mais assez morne et monotone. Pour y déceler de la beauté, il faut se creuser les méninges. Un peu comme face à une partition de Boulez.

Certains y parviennent. Raccrochons-nous à cela. Mais tout de même, vivement le mois de décembre, le vrai !

 

Robin Majeur

 

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15 novembre 2011

Le triomphe de Rossi

7h46. Feu rouge.

Les véhicules s'entassent. Devant, les deux-roues s'alignent. La tension est palpable. Visages fermés, regards concentrés. L'un baisse la visière de son casque, l'autre fait monter les gaz. Silence.

3,2,1, c'est parti! La meute rugit! En pôle-position, Valentino Rossi se laisse déposer comme un débutant par Casey Stoner. Les moteurs tournent déjà à plein régime. Dans le virage, Rossi plonge à l'intérieur. Quel risque! Est-ce que cela va passer ? Ouuuuui! Superbe manoeuvre de Il Dottore qui triomphe sur le circuit genevois. Trophée symbolique mais récompense bien concrète: il gagne le droit d'arriver le premier au boulot! Bravo!

 

Robin Majeur

 

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03 novembre 2011

Enviable, le sort des mendiants ?

Je pédale dans les rues de Genève. En remontant Saint-Gervaix, j'aperçois une femme assise sur le trottoir, recroquevillée. Elle mendie. Arrive un homme en face. Il ne se passe rien, ou presque. Son visage a les traits tirés, les sourcils froncés. J'y lis le langage de la haine. Il se tourne vers la femme assise. Son geste insistant dure plusieurs secondes, une éternité : il cherche le regard de la mendiante, pour lui manifester sa haine ou son mépris.

Je ne comprends pas. Certes, mendier est un délit à Genève. Certes, il s'agit peut-être de bandes organisées qui financent ainsi leurs maisons, en Roumanie ou ailleurs. Mais qui aimerait être à leur place, là, assis sur le trottoir ? Qui voudrait gagner sa (sur)vie comme cela ? Qui souhaiterait passer son temps, les mains tendues, dans le froid, sous le jugement des passants ? Jamais mon regard ne prendra les traits de la haine face à un mendiant.

 

Robin Majeur

 

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