10 novembre 2011
Goûter l'inconnu
Est-il possible d'apprécier sans repères ? C'est la question qui m'a trotté dans la tête durant la soirée d'hier, alors que j'assistais à un concert de musique traditionnelle chinoise au Conservatoire.
Ai-je apprécié ? Oui, suis-je tenté de dire en première intention. Je crois avoir aimé cette découverte d'instruments, de sonorités, de formes musciales inconnus. Mais ai-je vraiment apprécié ? Il faut sans doute distinguer le plaisir, que j'ai eu, de la capacité à comprendre ce qu'on me proposait, que je n'ai pas eue. Certains passages sonnaient faux: était-ce voulu ? Les morceaux semblaient finir, recommencer, tourner à l'endroit et à l'envers: la structure était-elle débridée ou n'en avais-je simplement pas la clef ? Les accords conclusifs ne concluaient pas, les conclusions n'avaient pas d'accords conclusifs: brouillage des pistes...
L'exercice est intéressant pour apprendre à se défaire de ses certitudes. Mais quand on cherche à comprendre, à évaluer ? Sans repères, je me sentais le devoir de suspendre mon jugement. Impossible de formuler une critique en n'ayant aucun point de comparaison. Il fallait se résoudre au charme simple de la nouveauté. Satisfaisant ? Toute la question des chocs culturels est là: comment construire des repères qui permettent de goûter et d'apprécier l'inconnu si l'on souhaite dépasser le stade de la curiosité exotique ?
Robin Majeur
23:02 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : concert, musique chinoise, conservatoire, repère, culture |
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