28 octobre 2011

Culture savante vs. culture populaire ?

La semaine dernière, avec fracas, on apprenait la teneur des débats au sein de la commission de la culture de la ville de Genève (CART). Les subventions donneraient lieu à une véritable foire d'empoigne. Deux fronts s'opposeraient, droite contre gauche, culture savante contre culture populaire. Triste constat - s'il est bien avéré.

Je ne crois pas qu'il y ait une culture destinée par nature (si j'ose dire) à un public éclairé, inaccessible et irrémédiablement opposée à une culture de basse extraction, plus ouverte au grand nombre. Loin de moi la tentation du relativisme niveleur: tout ne se vaut pas. Mais tout ne s'oppose pas non plus.

Un exemple, pour montrer que les catégories "culture populaire" et "culture savante" sont en bonne partie construites. À Genève, le Grand-Théâtre est le symbole d'une culture d'élite, aux relents aristocratiques, sélective et qui pèse lourd dans le budget de la Culture. Les billets pour l'opéra sont (relativement) chers et c'est regrettable. Mais je me rappelle de ma première journée d'un séjour de longue durée en Italie. Je déambulais dans une ville comme seule l'Italie en a produites quand un air familier m'arrêta. La fameuse ballade de Senta, dans le Vaisseau fantôme de Wagner, remontait le conduit de mes oreilles. Senta était là, au milieu du tumulte urbain, appellant le Hollandais volant. Plus loin, devant la porte fermée d'une église, je reconnus un air du Rigoletto. Ca rigolait, dans une église ! Cette même journée, en m'enfonçant dans les ruelles d'un quartier serré, je passai sous une fenêtre ouverte. L'émotion de Traviata m'envahit. Violetta se cachait derrière ces murs ! En Italie, l'opéra est partout, ses airs sont sifflés par tous, il est culture populaire.

Les vrais enjeux, ceux dont j'aimerais voir débattre nos élus, sont la transmission et la médiation de la culture. Ou comment démocratiser l'accès aux arts en nivelant par le haut. Car démocratiser ne veut pas dire regarder en bas. C'est plutôt donner le goût de lever la tête au ciel, vers les étoiles enivrantes des arts, vers la beauté. Pour cela, il faut être à la pointe, ne pas faire de concession sur la qualité des productions artistiques. Sans qualité, rien à transmettre. Pour convaincre - même un public peu connaisseur -, il faut avoir des arguments solides, une esthétique travaillée, une réflexion fondée. Alors, seulement, il est possible de transmettre quelque chose. À condition de s'en donner les moyens.

 

Robin Majeur

 

14:24 Publié dans Prendre le temps | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : culture, grand-théâtre, subvention | |  Facebook